ई Partie I Chapitre 2 : Une dernière séanceAlvyn et sa s½ur étaient venus me chercher chez moi dans la matinée du samedi. Ma mère m'avait laissée partir, malgré son appréhension, mais seulement après m'avoir répété une bonne centaine de fois de rester vigilante, sage et toujours accompagnée.
Arrivés devant le cinéma, je descendis du véhicule avec Alvyn et laissai partir sa s½ur, après nous être mis d'accord sur l'heure du retour. Nous avions toute la journée pour nous, tous les deux, dans un monde qui se moquait bien des deux jeunes euphoriques seulement parce qu'ils étaient ensemble.
J'avais l'impression qu'avec lui tout était possible, que rien ne pouvait nous arriver.
Ainsi nous nous dirigeâmes vers les guichets pour prendre nos billets pour la séance de 13h 30, puis repartîmes vers un petit restaurant chinois à ma plus grande joie.
Nous mangeâmes tout en discutant de tout et de rien, comme à nos habitudes. Alvyn semblait très inspiré question conversation, mais j'avoue que moi j'étais bien plus attirée par son visage d'ange et ses grands yeux verts que par sa découverte d'un nouveau groupe de musique scandinave. En plus de se conduire en parfait orateur il fit honneur à son statut de gentilhomme et me paya le repas.
Puis il fut l'heure de la séance qui se passa en toute tranquillité, malgré une forte envie de me blottir dans les bras de mon
ami. La journée se passa donc sans incidents, et comme une véritable sortie entre potes.
Vers 17h 30 la s½ur d'Alvyn vint nous récupérer.
Nous roulions depuis plus de vingt minutes sur une petite route déserte quand je remarquai un gros 4x4 derrière nous. J'étais sur la banquette arrière avec Alvyn qui ne semblait s'inquiéter le moins du monde de cette étrange voiture immatriculée à l'étranger qui restait à notre suite même lorsque nous prenions les chemins les plus reculés et inhabités. Je ne cessais de tourner la tête en direction du véhicule, ce qu'Alvyn finit par remarquer.
« Qu'y a-t-il ? »
Je ressurgis de mes pensées.
« Heu... rien, c'est juste que cette voiture nous suit depuis un bon moment. » répondis-je.
Le jeune homme se retourna et tenta de voir le conducteur sans grande réussite puisque les vitres du véhicule étaient teintées.
« De quoi parlez-vous tous les deux ? » nous demanda Charlotte, la s½ur d'Alvyn.
C'est alors que nous arrivâmes à un carrefour. Un autre véhicule de la même marque que le premier apparut sur la route perpendiculaire à la notre, sur la droite. Je ne pus penser à un hasard,
un parfait timing. La voiture ne ralentit pas en nous remarquant. Elle continua sa course, quitte à nous percuter. Charlotte attendit quelques secondes puis freina soudainement ce qui faillit me faire traverser le pare-brise malgré la ceinture de sécurité. La petite Clio s'arrêta un peu avant l'embranchement.
C'est alors que nous fûmes percutés par le 4x4 qui se trouvait derrière nous, ce qui eu pour résultat de me meurtrir le dos et de nous faire avancer de quelques mètres. Assez pour que le second véhicule fasse son travail et nous prenne de côté après un léger écart.
La petite Clio ne fit pas le poids contre l'énorme monstre de tôles. Le choc fut rude, ma respiration coupée, m'empêchant de crier mon angoisse. Notre voiture partit de côté et finit par tomber dans le ravin. Elle dévala la pente pour terminer sa course dans un petit ruisseau.
Un liquide chaud coulait le long de ma joue et le goût du sang envahit ma bouche. La voiture, du moins ce qu'il en restait était couchée, le toit et le côté droit enfoncé ce qui réduisait l'espace. Avec difficulté je détachai ma ceinture de sécurité et tombai lourdement sur la portière et la vitre brisée.
« Alvyn ? » murmurais-je.
Sous la force du choc, la boucle de sa ceinture avait lâché. Il était étendu sur le sol, inerte. Du sang maculait son visage et son pantalon déchiré était également rouge.
« Alvyn ! »
Je m'approchai du mieux que je pouvais de lui et lui caressai le front. Ses cheveux si brun et soyeux d'habitude étaient poisseux de sang. Je commençai à paniquer, pourquoi ne me répondait-il pas ? Je cherchai à voir s'il respirait mais fus incapable de le savoir clairement tellement mes mains tremblaient. Des larmes vinrent se mélanger au sang coulant déjà sur mes joues. Le regard embué, j'étais perdue, j'avais peur, je ne savais plus comment réagir. Tout était rouge et noir...
Puis la vision des 4x4 ressurgit. Et s'ils étaient encore là ? Pourquoi nous avoir tendu cette
embuscade ?
« Charlotte ? » Elle non plus ne me répondit pas. Je reprenais légèrement mes esprits, assez pour sortir mon portable de mon sac et composer le 18.
« Veuillez patienter, nous allons prendre votre demande en compte. »
Je ne pouvais pas attendre, je n'avais pas de temps. Je continuai à pleurer, toujours dans la petite voiture grise, maintenant foutue.
« Aller dépêchez-vous ! » sanglotais-je.
C'est alors que j'entendis des éclats de voix qui se rapprochaient. Peut-être pourraient-ils nous aider ?
« ICI ! » m'écriais-je juste avant de comprendre mon erreur. Et si c'était les hommes des 4x4 ? Dans ce cas là je les avais amenés direct à notre point de chute.
Une force invisible m'ordonna de sortir de la carcasse du véhicule et de m'enfuir. Je regardai une dernière fois Alvyn qui ne semblait pas vouloir bouger, ni même donner signe de vie. Peut-être était-il mort ? Dans ce cas là il fallait que je sauve ma peau.
Je m'extirpai comme je pouvais de la voiture en passant par la fenêtre du coffre réduite en une multitude de petits morceaux de verre et partis dans la direction opposée des voix, abandonnant mon portable. Je boitais à cause de mon genou endolori et trébuchais sur les racines et les pierres se trouvant sur ma route à cause de ma vue fort réduite par les larmes et le sang. Cependant cette peur qui me rongeait me permettait d'avancer. Cette voix au fond de moi me disait de survivre.
Puis après quelques minutes ma respiration se calma et mes jambes cédèrent sous mon poids. Je m'écroulai sur le sol, anéantie, seule avec mon désespoir. Je me sentis sale avec tout ce sang et cette boue sur moi, avec le sang d'Alvyn sur mes mains, les chaussures trempées par le ruisseau, le pantalon déchiré, les genoux meurtris.
« Elle est là ! » cria une voix rauque derrière moi. Je n'avais plus la force de me retourner et encore moins de reprendre ma course. La seule chose qui occupait mon esprit c'était le corps d'Alvyn, sans vie, ensanglanté.
Quelqu'un m'attrapa par les épaules, me fis me relever sans ménagement et me traîna jusqu'à d'autres hommes. Mes yeux me brûlaient et ma tête me faisait souffrir. Mais pas autant que mon c½ur qui criait d'en finir de cette vie.
Je compris alors qu'un des hommes me parlait. Il se moquait de moi et je lus dans ses yeux une envie de tuer. Au moins mon v½ux allait se réaliser. Mais avant, il voulait jouer avec moi. Il voulait profiter d'une jeune fille perdue avant de lui rendre son repos éternel. Mais plus rien ne pouvait me toucher.
« Sanaë ! »
Quelqu'un criait mon nom. Une voix que je connaissais bien. Étais-je déjà morte ? Avais-je déjà retrouvé Alvyn ? Il était en face de moi. Mais encadré par deux hommes habillés en noir comme mes ravisseurs.
« Sanaë ! » récria Alvyn.
Pourquoi crier ? Nous n'étions pas pressés.
Un des deux hommes frappa mon ami qui s'écroula sur le sol.
Non je n'étais pas morte. Et lui non plus. Cette force qui m'avait ordonné de m'enfuir réapparut mais, cette fois-ci, pour me dire de sauver Alvyn, comme si j'avais la capacité de me battre, dans l'état où j'étais, contre presque une dizaine d'hommes de forte carrure.
Je repris mes esprits. L'un des hommes, celui qui possédait une cicatrice sur le visage, rigolait en me poussant en arrière.
D'un coup de rein je me détachai de lui, ce qui le surprit car il ne tenta même pas de me retenir et m'élançai vers Alvyn à genoux sur le sol. Je sautai à la gorge du monstre qui avait osé frapper le jeune homme tel un fauve et me mis à le rouer de coups. Coups de point, coups de pied, griffures, morsures s'enchaînèrent et finirent par le déstabiliser et le faire tomber. Ses compères ne réagir pas immédiatement ne pensant pas que j'étais un danger pour l'un d'eux, surtout que quelques secondes auparavant j'étais passive, déconnectée du monde.
Finalement le deuxième ravisseur d'Alvyn vînt aider ma proie et m'attrapa un bras. Je changeai alors de victime et m'acharnai sur le nouveau venu sous le regard étonné de mon ami. Il ne me reconnaissait pas, pas plus que moi. Je ne savais pas ce que je faisais. Une seule idée trottait dans ma tête,
SAUVER ALVYN, SAUVER L'ELU.
« Raaaaaah !!! »
Je poussai un cri de rage quand l'homme à la cicatrice m'attrapa en entourant mon bassin de ses larges bras et me tira loin d'Alvyn et des hommes qui portaient la marque de mon passage. Je mordais ses bras quand il me fit pivoter vers lui et me mit une gifle qui me fit vaciller. Pendant quelques secondes je me calmai puis mes cris reprirent et je tentai en vain de me dégager de cet étau. Alors exaspéré, l'homme à la cicatrice me frappa au ventre violemment. Le coup me plia en deux, me coupant la respiration puis il me refrappa au visage ce qui finit par me jeter au sol. Je vis des étoiles, comme dans les dessins animés.
Il s'écarta de moi, toujours assommée par la force du coup, et s'approcha d'Alvyn qui me fixai avec un mélange d'incompréhension, de peur et d'inquiétude.
« Et bien, il nous a fallu du temps pour te retrouver ! » s'adressa l'homme à la cicatrice à mon ami encore sur les genoux, du sang séché désorganisant ses cheveux.
Mon regard était brouillé, j'avais du mal à suivre la discussion qui se déroulait devant moi. J'essayai cependant de me relever mais sans succès : désorientée, je ne tenais plus sur mes jambes et étais sujette à un mal au c½ur puissant.
« Ne mens pas ! Tu sais très bien de quoi je parle ! » s'énerva l'homme à la cicatrice qui semblait être le chef de nos ravisseurs en refrappant Alvyn, ce qui raviva ma haine.
« Stoppe tes gamineries... Sinon ta copine en prendra l'entière responsabilité. » rajouta-t-il en dégageant une arme à feu de l'intérieur de sa longue veste et en la pointant vers moi.
« La petite sauvage risque de ne pas en revenir ! Alors pour la dernière fois, où se trouve ton
ange ? »
Alvyn était perdu, je le vis à ses yeux. Il ne comprenait pas ce que l'homme à la cicatrice lui demandait et était donc incapable de lui donner une réponse. Des larmes coulaient sur ses joues pendant qu'il fixait à tour de rôle, l'arme puis moi.
« Bien. Vu que tu ne veux pas coopérer, on va en finir avec cette indésirable. »
De mon côté je remarquais que le chef n'était pas le seul à porter une arme. Un des hommes tout proche de moi était justement armé. Dans un dernier élan je bondis sur l'homme, qui sous mon poids bascula et pointai l'arme désormais mienne sur lui. Je voyais mal mais même un aveugle aurait pu tuer une personne à bout portant.
« Laissez Alvyn partir... ou... ou je le tue ! »
Je ne savais pas ce qui m'avait pris de prononcer ces mots. J'étais incapable de tuer. Et leur chef le savait. Il se mit à rire.
« Quelle chance un peu de divertissement » se moqua-t-il. « Ca aurait été trop facile.
_Je ne rigole pas ! » m'écriais-je en prenant un ton agressif.
« Mais moi non plus... »
Il visa mon otage et tira. Celui-ci venait de se relever. Il s'écroula, mort sur le sol, une balle dans le front. J'étais déconcertée. Il avait tué un de ses hommes. Je pointait alors mon arme sur lui.
« Sa vie m'importait peu » m'expliqua-t-il. « Et maintenant, que vas-tu faire ? »
Comment l'obliger à relâcher Alvyn si je ne pouvais faire de chantage ?
Je baissai alors la garde et me mis à pleurer. Tout en regardant l'homme à ma gauche se vidant de son sang. La mare rougeâtre commençait à se rapprocher de mes pieds.
« Pourquoi ? Vous saviez bien que je ne l'aurais pas tué !
_C'est pour te montrer que ça ne me dérange aucunement d'ôter la vie. Et qu'importe la personne. »
Il était joyeux de me voir souffrir pour un meurtre que je n'avais même pas commis. Et moi j'étais sur le point de tout abandonner. Pourquoi ne pas en profiter pour me tirer une balle dans la tête ? Comme ça réglés les problèmes !
Pendant que ces idées morbides défilaient dans ma tête, l'homme à la cicatrice me fixait avec un sourire satisfait.
Alors il s'approcha de moi et me fis signe de lui remettre l'arme. Avec difficulté je levais mon bras vers lui... et lui tirai dans le pied.
Le chef de nos ravisseur poussa un cri de rage et moi, après avoir lâché l'arme je courus en direction d'Alvyn pour l'aider à ce relever et m'enfuir avec lui. Mais je n'eus pas le temps de faire trois pas que l'homme à la cicatrice, enragé, avait récupéré l'arme. Une détonation parvint à mes oreilles en même temps qu'une horrible douleur au niveau des reins me clouait sur place puis je m'écroulai.
Alvyn poussa un cri de désespoir, se jeta à mes côtés et posa ses mains sur mon ventre. Des mains pleine de sang, le mien qui s'échappait de la blessure à une vitesse folle, en même temps que mes forces disparaissaient. Il tentait d'arrêter le flot rouge mais sans résultat. Mes entrailles me brûlaient et je me sentais dériver dans l'inconscience au fur et à mesure que la vie s'échappait de moi.
« Mais ne la laissez pas là ! Je vous en supplie, faites quelque chose ! » pleura Alvyn. Mais les hommes en noir n'esquissèrent aucun mouvement et la dernière chose que je vis ce fut mon Ami qui m'embrassait sur le front.
/!\ 3ème Chapitre en ligne
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